«La santé n'a pas de prix.» Mais elle
a un coût. Pour autant, vouloir
marchandiser et comptabiliser tous les soins, dans
toutes leurs composantes, même les plus minimes,
ne constitue-t-il pas une stratégie absurde ? Le
triomphe de l'économisme et de la raison utilitaire
ne nuit-il pas gravement à la santé ? Et, paradoxalement,
ne se révèle-t-il pas au bout du compte
inefficace, coûteux et antiéconomique ?
Il est en effet difficile de comprendre le fonctionnement
du système de santé avec le langage de
l'économie standard et du new public management
qui s'en inspire. Comme si le patient était naturellement
un consommateur, un rusé maximisateur.
Comme si, pour médecins et soignants, la
recherche du gain constituait l'objectif principal et
l'opportunisme, l'unique métrique. Ne faut-il pas,
au contraire, prendre au sérieux l'existence d'une
éthique anti-utilitariste chez les soignants, au lieu
de tenter de les transformer, par diverses récompenses
financières, en chasseurs de primes ? Un jeu
perdant-perdant.
Il est grand temps de réfléchir à une politique
de santé alternative, résolument anti-utilitariste,
qui fasse, aussi, toute sa part au don et à la gratuité
dans l'acte de soin.