Qu'est-ce que la bureaucratisation
néolibérale ? Un mode de
fonctionnement qui repose sur un usage systématique
de normes, de procédures, de codes ou de catégorisations,
bref de formalités principalement issues d'une
certaine conception du marché et de l'entreprise et qui
envahissent notre quotidien. Scandale des subprimes,
développement du microcrédit et de l'auto-entreprenariat,
recours au benchmarking, dictature du new public
management, montée en puissance du droit de la
propriété intellectuelle sont autant de symptômes de
ces nouvelles modalités de formalisation.
Au-delà des débats sur le bienfait ou les dangers
de ce processus de rationalisation, l'analyse pluridisciplinaire
menée dans ce livre suggère que la bureaucratisation
néolibérale est l'un des lieux d'énonciation du
politique, de l'exercice du pouvoir et de la domination,
des luttes et des conflits. Sont alors mis en exergue son
ambivalence, ses modalités de diffusion, d'éclatement et
de réinvention permanente, ses catégories de compréhension
et de mécompréhension, les jeux qu'elle autorise,
les façons dont elle s'articule à d'autres logiques. La
bureaucratisation néolibérale n'apparaît ainsi pas
comme un dispositif stabilisé : elle est traversée de
batailles de pouvoir, de conflits de légitimité, car s'y
opposent des conceptions du monde puisant dans des
répertoires et des imaginaires différents.