On a longtemps pensé que les préoccupations environnementales
étaient nées au XIXe siècle aux États-Unis.
Richard Grove montre que c'est en réalité dans
les colonies, dans les îles tropicales en particulier, entre
1650 et 1850, que les Européens ont pris conscience
des destructions environnementales causées par les
hommes. À l'origine, les idées conservationnistes
coloniales sont nées du désir de retrouver le Paradis
perdu. La mobilisation des savants se révèle décisive
: le constat de l'épuisement rapide des ressources
naturelles, d'autant plus visible à l'échelle d'une île,
les oblige à penser autrement, à inventer d'autres
pratiques. Ainsi est née une politique environnementale
inédite, à travers la tension entre centre métropolitain
et périphérie coloniale, entre intérêts capitalistes
et expertise savante. Pour la première fois à l'échelle de
la planète, une controverse climatique débouchait sur
des programmes de préservation naturelle.
Cette étude pionnière, par la suite développée
dans l'ouvrage Green Imperialism (1995), a largement
contribué à réintroduire le climat dans l'écriture
de l'histoire et à faire émerger les vifs débats qui
ont cours aujourd'hui autour de l'anthropocène et du
nouveau climat de l'histoire (Jared Diamond, Dipesh
Chakrabarty), remettant en question les partages
entre sciences de l'esprit et sciences de la nature, entre
histoire compréhensive et histoire explicative.