Toutes les cultures traditionnelles
ont considéré les relations entre les
hommes et les êtres de leur environnement naturel
- animaux, plantes, montagnes, étoiles, esprits du
lieu, génies, etc. - comme des relations de don et de
contre-don : il fallait donner ou rendre à la nature
pour qu'elle continue à se montrer féconde et généreuse.
La caractéristique centrale de la culture
moderne, concomitante à l'apparition du capitalisme,
réside sans doute dans la rupture radicale
avec cette conception : vue seulement comme un
ensemble de réalités inertes, la nature a cessé
d'être considérée comme partenaire possible d'une
relation de don. Le déconstructionnisme nihiliste
parachève ce travail de désenchantement du
monde naturel en congédiant toute naturalité.
On voit bien aujourd'hui les effets pervers d'une
telle vision : elle a conduit à une surexploitation de la
nature qui la laisse exsangue et nous amène au bord
de la catastrophe énergétique et environnementale.
Et elle menace d'ôter tout charme à l'existence des
hommes, contraints de vivre dans un monde intégralement
fait d'artefacts. N'est-il donc pas grand
temps de renouer avec une conception donatiste du
rapport entre les hommes et la nature, de considérer
celle-ci comme un partenaire de don, envers
lequel nous avons des obligations de réciprocité ?