Des crises du logement, on pourrait dire ce
que Charles Péguy disait en 1904 des crises
de l'enseignement, qu'elles sont «des crises
de vie partielles, éminentes, qui annoncent et
accusent des crises de la vie générale». Leur définition peut varier selon
le contexte ou l'approche. Conscientes de cette variabilité comme des
instrumentalisations auxquelles elle peut donner lieu, les responsables de
ce numéro ont réuni une équipe internationale de chercheurs pour historiciser
la notion et comparer ses déclinaisons en Europe au XXe siècle.
L'unité du propos tient d'abord au questionnement partagé sur les occurrences
du mot «crise» dans des conjonctures et avec des significations
différentes. L'observation des relations entre discours politiques et scientifiques
permet d'affiner la périodisation des phénomènes et d'éclairer des
circulations transnationales, dans la formation des urbanistes aussi bien
que dans la diffusion de l'idéologie néo-libérale à partir des années 1970.
Le risque d'essentialiser la crise est ainsi évité, comme celui de sacrifier
à «l'idole des origines» : ce sont bien les crises du logement comme
constructions sociales et points de convergence des sciences sociales qu'il
s'agit de mieux cerner. L'accent mis sur la part qualitative qui entre dans le
diagnostic de crise est indissociable de l'attention portée aux indicateurs
statistiques sur lesquels il se fonde. Les études réunies ici rendent enfin
possible une comparaison entre les politiques et les expériences développées
dans les démocraties occidentales, les régimes autoritaires du Sud et
les démocraties populaires de l'Est. L'idée qu'on pouvait se faire a priori
du rôle de l'État en est sensiblement nuancée. Ce n'est pas le moindre des
apports de ce numéro aux réflexions sur le présent.