Trois questions d'histoire française sont abordées
dans ce numéro varié. Un premier dossier
traite des relations entre la science et l'industrie
au XIXe siècle. À partir de la carrière de Pasteur,
Guillaume Carnino montre que la science est le moyen d'une transaction
sociale fondatrice de l'autonomie revendiquée du savant, qui se met
au service de l'industrie. Nicolas Sueur explore le développement des
spécialités pharmaceutiques dont le succès doit autant aux progrès de la
clinique et des évaluations scientifiques qu'aux possibilités offertes par
l'industrialisation du médicament.
Le second dossier porte sur différents aspects de l'engagement et de l'action
dans le monde de l'enseignement et les organisations étudiantes au
XXe siècle. Yves Verneuil revient sur les polémiques initiales autour de la
mixité des écoles publiques et sur la part que les organisations catholiques
ont prise à ce débat d'il y a un siècle sur la question du genre. Clémence
Cardon-Quint rend compte de l'action de la Société des professeurs de
français et de langues anciennes, dite «Franco-Ancienne», entre 1946 et
1978. Elle montre comment la stratégie d'inscription de la défense du
latin dans celle, plus globale, des humanités a connu l'échec quand cette
conception de l'enseignement secondaire est devenue minoritaire dans
les syndicats. Camillo Argibay s'appuie quant à lui sur le parcours des
étudiants ayant accédé aux responsabilités au sein de la Mutuelle nationale
des étudiants de France (MNEF) entre 1973 et 1986 pour éclairer le
passage du choix militant à une logique de gestion.
Un dernier article aborde la question de l'instrumentalisation du militantisme
ouvrier à des fins plus politiques. Christopher Church étudie
l'incidence des grèves qui ont touché la Martinique en 1900 sur la vie
politique française. Des socialistes à la droite, tout l'éventail parlementaire
a utilisé ces «troubles coloniaux» pour régler des problèmes plus
métropolitains.