Au commencement était le Verbe,
nous dit-on. Ou bien l'Action. Et
si, pour les sciences sociales, voire pour les
sciences dites «dures», au commencement était
la Relation ? Ne faut-il pas alors, contrairement à
nos évidences premières, renoncer à l'ambition
d'accéder aux choses et aux êtres «dans l'absolu»,
indépendamment des interactions qui les
constituent ? Pour beaucoup, une révolution
copernicienne relationniste serait à l'oeuvre,
bouleversant nos façons de penser.
Mais, jusqu'où doit-on suivre cette
propension de la pensée contemporaine à
dissoudre toute substantialité - la nature, le
social, la subjectivité - au nom d'un relationnisme
généralisé ? Comment faire droit en effet
à la singularité des personnes ? Un relationnisme
hyperbolique ne risque-t-il pas d'évacuer
les institutions ou les structures symboliques ?
Enfin, le relationnisme de la physique quantique
est-il comparable et convergent avec celui
défendu en sciences sociales ? Comment alors
définir ce qu'être en relation veut dire ?
Questions complexes mais qui invitent
à formuler une hypothèse originale : n'est-ce pas
pour les sciences humaines et sociales dans le
langage du don qu'il faut retraduire cet impératif
relationniste ? Le don n'est-il pas la matrice de
toute relation bien comprise ?