Phasmes : insectes étranges, sans
queue ni tête, mimétiques
jusqu'au dissemblable. Mais aussi
cauchemars insensés jusqu'aux
vraies catastrophes. Mouches
agglutinées et images agglutinantes.
Ex-voto viscéraux et
santons napolitains. Mystiques
orientaux qui emploient le verbe
"photographier". Enfants en poussière
et dentellières en sang. Femmes
flottantes et tableaux diaphanes.
Paraboles du regard et paradoxes
de l'être à voir. Armoires peintes
par Fra Angelico et feuillets
tachés d'encre de Victor Hugo.
Voracités et blessures. Tombeaux
et fenêtres. Cristaux et portraits
qui se taisent. Lieux et visages qui
témoignent.
L'artiste est inventeur de lieux.
Il façonne, il donne chair à des
espaces jusqu'alors impossibles
ou impensables : apories, fables
topiques.
Le genre de lieux qu'invente
Simon Hantaï passe d'abord par
un travail avec la toile : matériau
tactile, outil d'empreintes et de
modulations plutôt qu'écran de
projection, support, voire l'organisme
vivant du "pliage comme
méthode", cette procédure que le
peintre a développé jusqu'à ses
limites extrêmes.
La "toile au travail" est ici
représentée comme une fable
d'objets textiles - le filet, la
maille, le tablier, la faille, la
serpillière, le linceul, etc. - où se
raconte l'accouchement du tableau,
son entoilement, jusqu'à
l'étoilement généralisé qu'impose
à nos regards la peinture de
Hantaï.