L'art est un objet critique de la sociologie
: parce qu'il est investi des
valeurs mêmes - singularité et universalité
- contre lesquelles s'est
construite la tradition sociologique, il
incite, plus que tout autre domaine, à
opérer des déplacements qui affectent
non seulement la sociologie de l'art,
mais l'exercice de la sociologie en
général.
Il est donc temps d'observer non plus
ce que la sociologie fait à l'art, mais
ce que l'art peut faire à la sociologie
dès lors qu'on prend au sérieux la
façon dont il est perçu par les acteurs.
Ainsi se redistribuent les approches
méthodologiques et théoriques, permettant
de revenir sur des habitudes
mentales ancrées dans une tradition
sociologiques qui n'est encore le plus
souvent qu'une idéologie du social
- une socio-idéologie.
Même s'ils n'ont pas lu le chef-d'oeuvre
d'Agatha Christie, Le Meurtre
de Roger Ackroyd, de nombreux lecteurs,
surtout parmi les amateurs de
romans policiers, connaissent le procédé
qui l'a rendu célèbre et croient
pouvoir affirmer : l'assassin est le narrateur.
Mais est-ce si sûr ? Comment
se fier à un texte où les contradictions
abondent et qui s'organise autour d'un
récit unique, celui du prétendu criminel
? Et qui peut dire qu'Hercule
Poirot, dans son euphorie interprétative,
ne s'est pas lourdement trompé,
laissant le coupable impuni ?
Roman policier sur un roman policier,
cet essai, tout en reprenant minutieusement
l'enquête et en démasquant
le véritable assassin, s'inspire de
l'oeuvre d'Agatha Christie pour réfléchir,
avec l'aide de la psychanalyse, sur
ce qui constitue la limite et le risque de
toute lecture : le délire d'interprétation.