L'importance de Duns Scot (1265 ?-1308) pour l'histoire de
la métaphysique et de l'éthique n'est plus à démontrer. En
demandant à Olivier Boulnois de recueillir ces études, Philosophie
tente de se faire l'écho de la floraison récente de travaux
consacrés à cet auteur, aussi bien à l'étranger qu'en France.
L'article de Stephen Dumont souligne la place fondamentale
de Scot dans l'histoire de la métaphysique. Mais au lieu de se
centrer sur la tradition moderne de la métaphysique transcendantale
(de Suarez à Kant), il insiste sur le fait que Scot résout
l'énigme de la Métaphysique d'Aristote en réduisant sa dimension
théologique de celle-ci à sa dimension ontologique. La philosophie
scotiste apparaît ainsi comme l'aboutissement d'une
exploration systématique des possibilités d'interprétation
ouvertes par le texte aristotélicien.
L'étude d'Olivier Boulnois fait la transition entre la métaphysique
et l'éthique. Elle s'interroge sur le fondement métaphysique
de l'éthique scotiste et montre comment le primat d'une
volonté libre, et, dans le monde fini, la contingence de la loi
morale, s'accompagnent d'une objectivité du bien. La rigueur de
la liberté n'est précisément pas l'arbitraire.
Gérard Sondag, quant à lui, pose, à partir d'un point très précis
d'exégèse aristotélicienne - pour quelle raison le citoyen courageux
expose-t-il sa vie quand la Cité est en danger ? - la question
du fondement éthique du sacrifice de soi. En rejetant, dans
sa réponse, toute éthique de l'intérêt personnel, et en posant une
objectivité de la norme éthique indépendante de notre propre
avantage, Scot ouvre une voie qui conduit à la morale normative
de Kant.
Duns Scot apparaît ainsi à la fois comme le refondateur de la
métaphysique comme discipline transcendantale et comme un
penseur original de l'éthique. Unissant ces deux dimensions, il
est l'auteur d'une véritable métaphysique de l'éthique.