La phénoménologie s'est développée au Japon dans la première
moitié du XXe siècle autour de l'Ecole de Kyôto, influencée par
Husserl, Scheler et Heidegger mais aussi par la pensée japonaise
traditionnelle. Traduite pour la première fois en français, la
première section du grand livre de Watsuji, Rinrigaku, présente
les lignes directrices de la pensée éthique de l'auteur dans
une confrontation avec l'herméneutique phénoménologique de
Heidegger. A travers une méditation sur la richesse sémantique
des mots japonais aïda (entre) et ningen (homme), dont il déploie
les implications conceptuelles, Watsuji prône un autre point de
départ que la subjectivité isolée d'inspiration cartésienne - qu'il
voit percer encore derrière le Dasein heideggérien -, pour aborder
les questions de l'action, du devoir, de la responsabilité, du lien
humain. Dans une étude synthétique et récapitulative consacrée
aux penseurs japonais inspirés par la phénoménologie, Bernard
Stevens replace dans leur contexte historique les débats de l'Ecole
de Kyôto, sans dissimuler certains de leurs partis pris idéologiques,
et explore les rapports qu'ils entretiennent avec la phénoménologie
allemande. L'article de Sylvain Isaac se consacre, quant
à lui, à la personnalité philosophique sans doute la plus marquante
de ce mouvement, qui en est aussi le fondateur, Nishida
Kitarô. Il examine la manière dont celui-ci transforme en profondeur
l'intentionnalité husserlienne dans le cadre d'une phénoménologie
non-égologique de «l'expérience pure».