Depuis plus d'un demi-siècle, Jean Starobinski parle de la littérature. À ses
étudiants de Genève. Aux auditeurs qui se pressent à ses conférences. Aux
innombrables lecteurs de son oeuvre foisonnante, traduite en de nombreuses
langues et diffusée bien au-delà du monde universitaire. Car Jean Starobinski
est un critique au sens le plus complet. Pour lui, la littérature n'est pas un phénomène
isolé : elle articule les langages du monde et traduit les soucis des
hommes dans le temps et l'espace. D'où la fonction civique du critique. Et la
subtile puissance d'une oeuvre insoucieuse des cloisonnements disciplinaires.
Jean Starobinski parcourt le temps et arpente la culture. Il identifie des figures
et recueille des échos.
Entre Critique, où il a publié quelques-uns de ses plus beaux articles, et Jean
Starobinski, les liens sont anciens et les affinités profondes. Georges Bataille
voulait que sa revue composât une «figure de l'époque» ; l'oeuvre de Jean
Starobinski, d'article en essai et d'analyse en commentaire, assemble et relie
les figures de la culture européenne, de l'Antiquité à nos jours.
Ce numéro, dirigé par Patrizia Lombardo, propose un portrait du critique
en grand artiste : portrait indirect, amical et composite, brossé à partir de
toutes ces grandes figures qu'il nous a rendues mieux présentes, de Charles
d'Orléans à Pierre Jean Jouve, de Montaigne à Chénier, de Diderot et
Rousseau à Fuseli et Baudelaire. Pour qu'à leur tour et par une juste rétribution,
elles lui fassent ici cortège.