Ce numéro propose la traduction d'un texte de Lotze qui a eu une influence
profonde sur l'anti-psychologisme de Husserl ainsi que sur le néokantisme
de Bade, et a été discuté en détail dans le cours consacré, à Marbourg,
par Heidegger à la logique : le chapitre de sa Logique (1874) intitulé «Le
monde des Idées». Lotze y propose une interprétation originale de la théorie
platonicienne, distinguant quatre modalités ontologiques - l'être des
choses, le déroulement des processus psychiques, la validité des significations
et la consistance des relations - et soutenant la thèse selon laquelle les
Idées platoniciennes ne «sont» pas, mais «valent». Thèse qui instaure la
relève de la métaphysique traditionnelle par une «logique de la validité»
de style kantien, et interdit que l'on fonde les significations logiques intemporelles
sur les processus psychiques, qui se déroulent dans le temps
- offrant ainsi son argument décisif à l'antipsychologisme logique de Husserl
et au néokantisme de Bade.
Suit la seconde partie du commentaire de D. Henrich sur la Logique de la
Réflexion de Hegel. Ayant procédé à une explication détaillée de ce qu'il
tient pour le coeur même de la Science de la Logique, il propose une interprétation
de la dialectique ou de la «négation de la négation» hégélienne
en adéquation avec son programme philosophique - à savoir déterminer la
substance comme sujet. Cette compréhension de sa méthode et de sa structure
renouvelle celle de la Logique elle-même, et en manifeste l'ambiguïté
fondamentale - entre ontologie et théorie de la signification.
Dans «L'onto-théologie dans l'oeuvre de Martin Heidegger», F. Jaran examine
la thèse de la constitution onto-théologique de la métaphysique, qui
s'est transformée ces dernières années en un outil exégétique que les historiens
de la philosophie n'hésitent plus à reprendre, fût-ce en le critiquant.
Il s'attache à en retracer l'élaboration silencieuse dans les textes du début
des années 1920, offrant ainsi un éclairage nouveau à la «métaphysique du
Dasein» que Heidegger déploie immédiatement après la publication d'Être
et temps.
L'article de B. Frère intitulé «Scheler critique de Husserl» tente de restituer
la portée phénoménologique de l'oeuvre de Scheler en l'arrachant au
personnalisme auquel on la confine parfois, pour en préciser les apports
originaux et en critiquer les éventuelles insuffisances théoriques. La
démarche schelerienne, en tant que non transcendantale, ouvre-t-elle de
nouvelles perspectives philosophiques tout en demeurant dans le cadre
strict de la phénoménologie, ou tend-elle à transgresser ce dernier, en associant
une réinterprétation de la méthode phénoménologique à des outils
conceptuels et thèmes philosophiques issus d'autres courants ?