Qui était Edward Said ? La question peut sembler incongrue en cette
année de commémorations liées au dixième anniversaire de sa disparition.
Palestinien, chrétien, il a grandi entre Jérusalem et Le Caire.
L'exil de sa famille le fixe aux États-Unis. Universitaire, spécialiste de
Joseph Conrad, son domaine est la littérature comparée. C'est avec
la publication d'Orientalism, en 1978, que son travail bascule et que
change sa stature. Le discret professeur de Columbia est désormais
commenté dans le monde entier, tenu pour l'initiateur des «études
postcoloniales» et considéré comme la voix intellectuelle de la Palestine.
Orientalism a été rapidement traduit en français sans que la France
s'ouvre beaucoup à ce penseur cosmopolite. Le reste de l'oeuvre reste
largement à découvrir. Des éditeurs s'y emploient et c'est d'abord de
ces traductions longtemps attendues que nous rendons compte. Les
surprises n'y manquent pas. Car l'écriture politique n'a représenté
qu'un moment de la trajectoire de Said. On découvrira ici d'autres
facettes d'une oeuvre souvent réduite à un seul livre : de l'analyse
des médias à la critique musicale en passant par une réflexion sur le
«style tardif».
C'est un nouveau portrait d'Edward Said, libéré des surinterprétations
louangeuses ou réprobatrices, qu'esquisse ce numéro - pour
mieux revenir aux questions qu'il a su poser.