Après quelques décennies d'oubli relatif, le nom de Raymond Ruyer
(1902-1987) circule à nouveau. Néo-finalisme, son grand livre de 1952
longtemps épuisé, figure cette année au programme de l'agrégation
de philosophie. La publication d'un inédit, L'Embryogenèse du monde
et le Dieu silencieux, témoigne d'une oeuvre qui traverse en diagonale
tous les domaines du savoir : de la neurobiologie à la théologie
rationnelle en passant par la psychologie de la perception, la physique
quantique, la théorie de l'information, la pensée utopique. Deleuze,
Merleau-Ponty ou Canguilhem n'avaient pas attendu le succès public
de La Gnose de Princeton pour saluer l'audace et l'originalité d'une
métaphysique qui n'hésite pas à ranimer les «grandes questions» à
côté des plus techniques. Le dossier réuni par Critique présente quatre
perspectives complémentaires sur une oeuvre à la fois séduisante
et complexe. André Conrad livre les clés qui ouvrent les portes du
système, tandis qu'Anne Sauvagnargues propose une lecture critique
de certains de ses aspects les plus problématiques. Jean-Claude
Dumoncel brosse le portrait inattendu d'un Ruyer structuraliste avant
l'heure. Enfin, un entretien avec Fabrice Colonna offre un éclairage
biographique et philosophique sur la trajectoire d'un penseur à bien
des égards inclassable.