Avec ses deux conflits mondiaux et ses multiples autres conflits, le XXe siècle apparaît comme
le siècle des guerres. Alors qu'il avait été perçu comme celui de l'accomplissement du progrès
et de la modernité, le siècle dernier se révèle comme une période d'atrocités morales sans
précédent. Comment expliquer le déchaînement de cette violence ? Où en trouver les racines ?
Dans la chute des empires ? Dans l'emprise croissante des États sur la société ? Dans la
montée du phénomène de guerre totale impliquant toute la société dans le conflit : hommes,
femmes, militaires et civils, au front et à l'arrière, dans les tranchées comme dans les usines ?
Si ces manifestations de violences paroxystiques sont incontestables, doit-on pour autant
réduire le premier XXe siècle à la «brutalisation» des sociétés contemporaines ?
Réunis dans cet ouvrage, quarante-trois historiens, Allemands, Américains, Belge, Britannique,
Espagnols, Français, Irlandais, Italiens, Russes, Suisse, dépassent les limites étroites des
points de vue nationaux et s'efforcent d'éclairer ces questions en restituant à un large public la
complexité du mouvement des sociétés en guerre et en paix. Le profil du XXe siècle qu'ils esquissent
est sans conteste celui de l'industrialisation de la guerre, combinant de façon inédite la gestion
bureaucratique de la violence meurtrière et le déchaînement des pulsions les plus primaires.
Mais le siècle dernier a aussi été celui de mutations sociales de grande ampleur, un siècle de
construction de la paix dans des sociétés qui revendiquaient plus d'égalité et de démocratie.
Commencée avec la colonisation, prolongée par les deux guerres mondiales, le génocide des
Arméniens, des juifs et des tziganes, la violence de masse du XXe siècle est terrifiante. Mais on
oublie trop souvent que ce siècle fut aussi marqué par la défaite radicale des idéologies qui
avaient érigé cette violence en système et par l'affirmation durable d'une culture de paix.