L'usage de la violence au Moyen Age est-il
compatible avec le développement de
l'État ? La question est largement
débattue par les historiens qui, pour la plupart,
considèrent que l'ordre public doit s'accompagner
du monopole de l'exercice de la violence
légitime. Telle est d'ailleurs la théorie que
prônent les juristes médiévaux, romanistes ou
canonistes, ainsi que les théologiens depuis le
XIIIe siècle. La réalité est autre : l'État s'est
développé en respectant, voire en louant
certaines formes de violences, en tenant
compte de la vengeance et en dressant les
contours des actes violents, licites et illicites.
De ce fait, la violence n'est pas une infraction
à la norme qui s'est définie facilement. Elle
n'est pas non plus jugée de façon sévère, y
compris quand elle provoque l'homicide. Le roi
et les juges doivent tenir compte des valeurs
d'honneur que tous partagent. Seuls ceux que
la société considère comme déshonorés, vagabonds,
bâtards, bannis, récidivistes, etc., sont
la cible de sentences judiciaires qui peuvent
être radicales. Par ailleurs, la société ne
secrète pas une violence illimitée. Elle se
régule par un certain nombre de rituels et de
références à des valeurs codifiées. Les bricolages
auxquels se livrent la société et la justice
pour ménager l'honneur assurent alors la paix
sociale en même temps qu'ils affermissent les
institutions judiciaires. La violence a donc
contribué à fonder l'ordre public, telle est la
thèse que veut défendre ce livre.
L'Afrique romaine est devenue célèbre
grâce aux écrivains illustres qu'elle a vu
naître - Apulée, Tertullien, s. Cyprien et
s. Augustin - et grâce aux ruines majestueuses
de sites comme Carthage, Dougga, Timgad
et Volubilis. Elle a donné à Rome des chevaliers,
des sénateurs et même la famille impériale
des Sévères, originaire de Lepcis Magna
en Tripolitaine.
Elle est un terrain d'études en constants
progrès. C'est ainsi que, dans le domaine
économique, plusieurs enquêtes ont bouleversé
son image traditionnelle. Cette région
en effet ne fut pas seulement le «grenier à blé
de Rome» ; un artisanat très actif produisant
essentiellement de la céramique s'y était
développé. En ce qui concerne la religion, on
sait aujourd'hui que la population vénérait un
grand dieu, Saturne. Et si elle s'est largement
convertie au christianisme ce ne fut jamais
totalement ; elle eut pourtant ses martyrs,
notamment Perpétue et Félicité.
L'Afrique romaine bénéficie d'une documentation
abondante et de qualité. Cependant les
historiens n'ont pas toujours suffisamment
pris en compte ses spécificités qui touchent le
domaine même des institutions.
Des questions restent posées et des débats
ont été ouverts : tous les Africains ont-ils été
romanisés ? Jugurtha et Tacfarinas, célèbres
insurgés, furent-ils des exceptions ou des
modèles ? Comment l'Afrique a-t-elle vécu la
«crise du IIIe siècle» ? Dans quelle mesure a-t-elle
été touchée par la «renaissance du
IVe siècle» ? Pourquoi et comment s'est faite
la conquête vandale ?