Sous l'orage : d'une part, le poids du passé, l'autorité de la tradition, le prestige des anciens, d'autre part, l'appel de temps nouveaux, l'ouverture et les émois de la jeunesse : la profondeur millénaire de l'Afrique et les horizons stimulants dévoilés par d'autres formes de savoir, ce débat est celui des pères et des fils, et tel est l'orage subi par les peuples africains. Il est très remarquable en ce roman, si juste d'écriture, si mesuré de ton, de voir ce peuple - ici une famille et un village maliens - sortir de la tourmente sans sacrifices extrêmes : la parole sage a raison des passions, et le désordre de l'histoire finalement s'épuise face à l'ordre de la vie. La mort de Chaka est une action dramatique évoquant la fin tragique du plus grand conquérant noir que l'Afrique est connu.
Sous l’orage
Ce livre parle d’émancipation et d’amour, de traditions et de tourments, d’instruction moderne et de savoir ancestral. Kany, la fille du « père Benfa », aime Samou. Elle est instruite et intelligente, volontaire, ambitieuse. C’est un amour partagé mais contrarié par le projet du père qui veut la marier avec un prétendant plus fortuné. La trame de l’intrigue est universelle. Tellement que, si l’action se passe en Afrique, le lecteur qui a connu la France rurale du milieu du vingtième siècle y retrouve tous les ingrédients des tensions générationnelles vécues à l’époque dans les villages. L’instruction qui émancipe, la tradition qui veut maintenir les liens au prix de la liberté des individus ; les jeunes qui aspirent à une autre vie, les anciens désemparés de voir leur monde s’effriter ou se disloquer. Que de points communs !
C’est aussi un roman sur la tension qui anime l’écrivain. Il étudie en France, pendant la période coloniale (Montpellier, 1954) et mesure l’injustice et la violence qui est faite à la société où il a grandi, tout en s’inscrivant dans celle où il vient chercher un savoir nouveau. Le récit est parcouru des questions sous-jacentes à cette relation ambiguë, source à la fois de créativité et de culpabilité, d’ouverture à un autre monde et de sentiment de trahison.
Avec une simple histoire d’amour qui se passe dans un village du Mali il y a trois quart de siècle, Seydou Badian parle à tout le monde de la vie d’une société humaine, hier et maintenant, ici et ailleurs.
La mort de Chaka
En cinq tableaux, Seydou Badian reconstitue une épopée du peuple Zoulou sous l’autorité d’un chef exceptionnel, Chaka. Quand commence le récit, les généraux évoquent les victoires et l’émancipation de leur pays qu’ils doivent à ce génie militaire. Mais au prix de tellement de sang versé ! Alors ils s’interrogent : Chaka ne les entraîne-t-il pas dans une quête violente qui n’aura pas de fin ? Est-il raisonnable de continuer ? Une bataille se prépare pour demain, devons-nous le suivre ou le convaincre de renoncer ?
L’auteur écrit des dialogues d’une intensité captivante. Le lecteur se saisit des questions et des arguments, des tourments et des espoirs, comme s’il les vivait lui-même. Et il s’interroge avec les généraux de Chaka. Quel sens donnons-nous à notre combat ? La violence ne devient-elle pas le seul but ? Dans ce récit court et dense Seydou Badian nous fait, avec talent, les acteurs d’un moment de l’histoire africaine. Et de l’histoire humaine !