Le travail social possède une légitimité historiquement forgée dans les actions
qui s'adressent aux personnes les plus vulnérables. Pourtant, un débat assez
ancien consiste à questionner la nature et les moyens de la production théorique
permettant de penser ces pratiques. Plus que jamais, cette profession est aujourd'hui
traversée par cet intérêt renouvelé, qui fait couler beaucoup d'encre et génère de vifs
débats.
Au-delà de simples enjeux théoriques, entre spécialistes, la nature scientifique du travail
social se pose aujourd'hui institutionnellement à travers la réorganisation de l'appareil
de formation, dans le cadre européen, qui vise explicitement une universitarisation des
diplômes, dans une convergence théorie-pratique.
Ce processus européen percute les divers équilibres nationaux qui étaient susceptibles
de disqualifier la formation professionnelle par rapport aux disciplines théoriques
représentant la référence épistémologique. C'est notamment le cas en France.
Aujourd'hui, l'opportunité de développer un doctorat, des centres de recherche, des
revues scientifiques ou encore des institutions de type Hautes Écoles est clairement
posée et débattue dans notre pays. Cette institutionnalisation questionne une nouvelle
fois, mais dans une forme d'urgence, la cohérence du savoir professionnel produit
aujourd'hui et demain.
Cet ouvrage tente d'instruire rigoureusement l'hypothèse d'une scientifisation du
travail social. Il peut accompagner les chercheurs, les formateurs, les étudiants ainsi
que les responsables associatifs et décideurs de l'action sociale souhaitant participer
à la réflexion sur les enjeux posés par la nature du savoir des travailleurs sociaux.