Certains romans ne finissent pas là où s'achève leur
lecture.
C'est littéralement ce qui arrive à Marge, l'héroïne de
ce livre. Qui est Chad, venu d'entre les pages jouer avec les
mythes de l'intériorité ? Un personnage, un auteur, son
père-amant ? Tout cela peut-être, et aussi «un sujet sans
corps dans une époque où tous se veulent déjà des corps
sans sujet».
Si l'ambition de ce roman est clairement philosophique,
il se lit d'abord comme une fantaisie : ce n'est pas
la première fois que deux esprits habitent le même corps,
mais lorsqu'il s'agit d'un homme mûr et d'une jeune fille,
la coexistence se révèle excitante et le voyage mouvementé
qui les fera rencontrer la Lolita de Nabokov et le Gatsby
de Fitzgerald.
Et si la schizophrénie qui s'introduit ici entre le nouveau
monde et l'ancien valait maintenant pour nous tous ?
Singulière histoire d'amour que cette idylle qui réhabilite
la lenteur et la délectation littéraire, et pour laquelle
l'auteur a fait, contre le nihilisme ambiant, le choix d'une
ironie joyeuse, du jeu avec la lenteur et de l'érotisation de
la langue.