Dans la génération des pionniers de la psychanalyse, Georg Groddeck occupe une place à part pour avoir radicalement contesté la distinction entre maladie somatique et maladie psychique et osé exploiter, avec succcès, l'efficacité thérapeutique de la psychanalyse auprès de malades atteints d'affections somatiques chroniques.
A la conception véhiculée par la tradition helléniste et chrétienne puis par le positivisme d'un être humain divisé en corps et en âme pour les besoins de la science et de la morale, il oppose une vision unifiée de l'homme, prolongeant ainsi l'humanisme goethéen et la tradition mystique de l'unité entre l'homme et l'univers. Restituant à l'homme son intégrité, il considère la maladie comme un signe et comme un des lieux de l'expression du génie créateur de chacun. Cette fonction initiatique de la maladie est un des pivots de l'oeuvre littéraire de Groddeck où la maladie apparaît comme un des moyens d'accès à la connaissance de l'être humain vécu par le ça que la création humaine tente de refléter.
Sa théorie et sa pratique font de Groddeck la figure de référence de la psychosomatique moderne.
Michèle Lalive d'Epinay, docteur en médecine, est psychanalyste à Genève.