Aron Gurwitsch (1901-1973) est surtout connu du public francophone par son ouvrage de 1957 : Théorie du champ de la conscience. Dans un curriculum vitae, rédigé en 1948, il notait : "A cause des événements politiques en 1933, je quittai l'Allemagne et émigrai à Paris. De l'automne 1933 au printemps 1940, j'ai été rattaché à l'Institut d'Histoire des Sciences de la Sorbonne, et j'y ai fait des Conférences. En 1939, je fus nommé Chargé de Recherches par la Caisse Nationale de la Recherche Scientifique, un organisme de la République française, étant entendu que je devrais continuer mes conférences à l'Institut ci-haut nommé de la Sorbonne".
C'est cette "période parisienne" d'Aron Gurwitsch que le présent volume documente très précisément : il présente d'abord, pour la première fois, les résultats substantiels d'un ouvrage en gestation, qui n'aura pas vu le jour du vivant de l'auteur, et qui rassemble, sous le titre Esquisse de la phénoménologie constitutive, les matériaux des cours et conférences sur la Gestaltpsychologie, la "psychologie intentionaliste", "la phénoménologie de l'idéation", l'"introduction à la phénoménologie". Le présent volume rassemble aussi, à titre d'Appendices, quelques uns des articles publiés par Aron Gurwitsch lors de cette "période parisienne".
L'ensemble de ces travaux n'offre pas seulement un aperçu archéologique qui éclaire la genèse de la Théorie du champ de la conscience, il constitue aussi un témoignage inédit sur une des toutes premières introductions à la phénoménologie husserlienne, dans son véritable contexte de problèmes, et son influence sera décisive, notamment sur l'orientation de pensée du jeune Merleau-Ponty ; mais cet ensemble ainsi exhumé, à plus de cinquante années de distance, met aussi en relief les débats réels à travers lesquels s'est élaborée la philosophie husserlienne, ceux là mêmes - curieuse ironie de l'histoire - qui sous-tendent aujourd'hui les recherches psychologiques et phénoménologiques.