Si la nature permet au sage de mener une vie autarcique
se situant au-delà de toute loi et convention sociale, les
sages pourraient-ils former une cité ? Diogène de Sinope,
en écrivant une République, montre en quoi l'autarcie
cynique ne débouche pas sur la solitude de l'individu mais
sur une communauté politique, où les relations humaines,
délivrées de toute illusion, seraient fondées sur la seule
vertu. Cette étude se propose, à partir de l'examen des
témoignages fragmentaires et souvent polémiques, de
reconstituer la description de cette cité paradoxale, où les
règles ordinaires et les interdits les plus fondamentaux
sont renversés. En effet, Diogène s'inspire de la République
platonicienne, mais poursuit plus loin encore la
contestation des institutions, car l'autarcie naturelle tend
vers l'abolition de tous types de distinctions sociales entre
les hommes, voire entre l'homme et l'animal.
Diogène est à la recherche d'un homme et l'humanité
qu'il trouve dans sa République a de quoi déconcerter,
mais il s'agit avant tout d'un exercice, d'une épreuve qu'il
infligeait à ses contemporains et que, malgré les aléas de la
transmission des textes, il nous inflige toujours.