La philosophie de Heidegger ne commence pas avec Être et Temps.
On trouve en amont du maître-ouvrage de 1927 une réflexion
riche et autonome, dont il n'est pas exagéré de dire qu'elle forme
un continent à part entière au sein de l'oeuvre. Ce recueil vise justement à
présenter la pensée du «jeune Heidegger» (1909-1926) et à lui accorder
toute l'attention qu'elle mérite. Coups de sonde dans les premiers écrits
et les premiers cours de Freiburg et de Marburg, les études ici rassemblées
laissent entrevoir une recherche absolument originale, déjà fort mature et
aux singulières potentialités. Des interprétations phénoménologiques de
la vie facticielle y côtoient des confrontations avec le néo-kantisme, des
appels précoces à l'herméneutique, des détours subtils par la théologie et
des références à la religion vécue. Plutôt que de réduire ces premiers
travaux à un simple tracé menant tout droit à l'analytique existentiale du
Dasein, cet ouvrage s'efforce de dévoiler leur signification et leur
importance intrinsèques. Prenant en considération l'intérêt du jeune
Heidegger pour le Pseudo-Duns Scot, Dilthey, Rickert, Natorp, Paul,
Augustin, Aristote et Luther, il propose un aperçu de la complexité des
influences et des idées qui structurent la première pensée du philosophe.
Il s'agit ainsi d'ouvrir selon des perspectives plurielles un corpus
pouvant non seulement donner une impulsion nouvelle aux études
heideggeriennes mais également inciter à développer les possibilités du
travail herméneutique, à refonder la phénoménologie et à interroger
autrement la donne théologique.