La tolérance, en risque pour la démocratie ? théorie d'un impératif politique
Paradoxalement, si l'on est parfois prompt à rejeter l'impératif de
tolérance, on se garde bien de revendiquer l'intolérance. Et même
quand on endosse encore l'idéal de tolérance, on pousse sa logique
apparente jusqu'à la contradiction : la tolérance consiste à ne pas tolérer
l'intolérant, l'intolérance, l'intolérable. Cette rhétorique est une menace
intérieure pour le bien commun ; elle encourage la censure, l'interdiction
de manifester sa différence et finalement renforce la marginalisation des
individus et des groupes qui dévient de la norme morale, sociale ou
politique.
Si la démocratie a pour finalité l'inclusion politique de tous les citoyens
en rendant effectif leur droit de cité, elle a pour ressort la tolérance de la
diversité de leurs opinions, de leurs conceptions de la vie bonne et de
leurs modes de vie, Ce livre défend une thèse modeste et essaie d'en tirer
les conséquences pratiques à travers l'examen de plusieurs cas :
enseignement créationniste, blasphème, discours de haine, demandes
d'accommodements pour motifs religieux, etc. Plus on analyse les cas de
ce genre en cherchant à déterminer des points d'équilibre, plus on se
persuade que faire la théorie de la tolérance consiste surtout à en tracer
les contours.