Célébré par Huysmans et l'ensemble de la génération symboliste, Odilon
Redon (1840-1916) est un maître du symbolisme au même titre que Gustave
Moreau. D'un tempérament réservé et timide, Redon a fait un art envoûtant
et mystérieux qui lui a valu le titre de «Prince du Rêve» à une époque dominée
par l'impressionnisme. Initié aux secrets de l'estampe par Rodolphe Bresdin, il a
d'abord développé une oeuvre graphique d'une profonde noirceur par le biais de
fusains et d'albums lithographiques diffusés dans les cercles parisiens et bruxellois
entre 1879 et 1899. Influencés par l'oeuvre de Baudelaire, d'Edgar Poe et de Gustave
Flaubert, ses «Noirs» nous emmènent vers des territoires reculés et désolés, aux
confins des origines du monde où se croisent des créatures cauchemardesques ou
poétiques inspirées par les théories évolutionnistes de Darwin et les progrès de la
microbiologie.
Les années 1890 sont néanmoins l'occasion pour Redon de se tourner peu à peu
vers la lumière. Dans ses somptueux pastels, dans ses grandes huiles réalisées au
début du XXe siècle, les angoisses d'antan font désormais place à la plus sereine
des poésies. Empreintes de mysticisme et de spiritualité, ces dernières oeuvres sont
irradiées de couleurs et ont profondément marqué des artistes comme les Nabis et
les fauves, qui ont vu en lui l'égal de Mallarmé dans le domaine pictural. Présentant
toutes les facettes de sa production, de ses premières oeuvres graphiques jusqu'à ses
grands décors, cette importante exposition est la première rétrospective française
depuis cinquante ans consacrée à cet artiste majeur du symbolisme.