De plus en plus de travaux s'accordent pour dire
que les animaux tiennent compte des comportements
et des pratiques des hommes et adaptent
leurs conduites en conséquence. Ils sont donc
agents, voire acteurs. Ces ajustements reposent
sur une mémoire générationnelle et des formes
de transmission difficiles à analyser. Les disciplines,
qu'il s'agisse de psychologie, d'éthologie
cognitive ou d'anthropologie, peinent à les saisir.
Peut-on parler au nom d'être naturellement
dépourvus de langage ?
Tout l'enjeu est alors d'accéder à un point de vue
qui n'est pas celui de l'homme. Les outils dont
nous disposons sont l'observation, bien sûr,
mais, plus intimement aussi, la perception et
les affects. La question du travail, du genre et,
plus généralement, de la transmission culturelle
des formes est-elle pertinente s'agissant de
sociétés non humaines ? Les méthodes et les
concepts des sciences humaines et sociales
sont-ils adaptés à l'étude des sociétés animales ?
Sans éluder les difficultés que fait naître cette
épistémologie en miroir, ce numéro explore le
champ des sociabilités animales.