Si celle à qui Zola a tendrement murmuré : «Tu seras dans mes
pages, dans toutes mes pages désormais» est restée dans l'ombre,
l'oeuvre de l'écrivain porte l'empreinte de cette union.
Jeanne Rozerot connaît une enfance miséreuse en Bourgogne. Il y a
d'abord le décès de sa mère, puis l'arrivée de Rosalie, la nouvelle épouse
de son père, qui ne l'aime guère, le départ de Cécile, sa grande soeur adorée,
enfin le soulagement lorsque les deux fillettes s'installent chez leur
tante maternelle, à Paris. Jeanne commence un apprentissage dans un
atelier de couture. Mais vient la crise, les ateliers ferment les uns après les
autres et Jeanne perd son emploi. C'est alors qu'un de ses amis lui présente
Alexandrine Zola, qui l'embauche comme lingère. La belle saison
arrive. Jeanne part à Médan, où le couple Zola a pris ses quartiers d'été,
puis elle les accompagne à Royan. Et c'est le coup de foudre entre la jeune
femme et l'écrivain...
Le Roman de Jeanne est une magnifique plongée dans la France du XIXe
siècle, il éclaire aussi d'un jour nouveau les quinze dernières années de la
vie de Zola, un homme tiraillé entre deux femmes, mais aussi le père attentif
et comblé de Denise et Jacques, les deux enfants que lui a donnés
Jeanne. L'écrivain ne se séparera jamais d'Alexandrine, et Jeanne devra
accepter son statut de femme cachée. Seule la force de leur amour l'aidera
à supporter les contraintes de cette double vie, y compris la fureur
d'Alexandrine lorsqu'elle découvrira leur histoire. À la mort de l'écrivain,
en 1902, Alexandrine et Jeanne feront la paix pour élever ensemble Denise
et Jacques. Jeanne rejoindra celui qui a fait de sa vie un roman -
transposée dans Le Docteur Pascal -, emportée à quarante-sept ans par la
maladie.