J'ai roulé doucement vers la sortie du garage, un peu trop ailleurs pour me
concentrer sur ce que je faisais. Il y avait Hélène et la puce, mon père, mes espoirs
de môme et mes souvenirs d'adulte, le manque de mille autres souvenirs que
j'aurais aimé avoir, des cercueils et la peur de mourir, des glaces qui fondent
trop vite, du sable dans les yeux, l'amour à la sauvette, le clapotis de l'eau qui
cogne contre le matelas gonflable sur lequel on se laisse bercer, des maisons
sous la pluie, des phares tragiques et des falaises étonnantes, des tonnes de
poissons, des hydravions et des rhinocéros en veux-tu en voilà qui faisaient la
bringue dans mon cerveau.
La Colère du rhinocéros est un roman polyphonique porté par une écriture
savoureuse, un western poétique et drôle explorant les méandres de vies
tombées en morceaux, un questionnement sur le sens de l'existence
édifié autour du rêve en ruine d'un vieux fou absent : le père de Gibraltar.