Quelques minutes plus tard une rumeur balaya les
gémissements familiaux : un chasseur avait été tué
d'une balle en pleine tête. Le coupable courait toujours
et on avait retrouvé un second corps, nu et atrocement
mutilé, avec une caisse en bois contenant des
ossements, peut-être le cadavre d'un enfant.
Les voix se firent dissonantes, la nuit tout à coup
dangereuse. De la terre remontait une odeur de pourriture.
La nature humaine allait avoir du mal à se réguler
toute seule.
Dans la hâte et le désordre la police arrêta le meurtrier
: le propre fils du chasseur, un jeune homme de
dix-huit ans, vêtu d'une tenue de camouflage, ayant
utilisé le fusil à lunette de son père sans les siennes.
On parla jusque tard dans la nuit, du danger de porter
des casquettes à queue de renard, de la visite médicale
obligatoire pour le permis de chasse, du fossé entre
les générations, du succès des émissions de téléréalité
et de la recrudescence des parricides, et également de
ce que pouvaient bien venir faire un cercueil de nain et
un cadavre nu dans cette regrettable affaire.