Et puis un jour il y eut Chézery. C'était une grande écluse,
de celle où huit péniches peuvent tenir. On venait de la
passer et on s'était amarré à une dizaine d'autres bateaux
pour passer la nuit. Florence et Laurent étaient en cabine.
Et c'est là que quelque chose parla. C'était ce secret entre
le canal et elle, quand ils étaient passés devant la Vierge de
Monthois et le clocher de Chevigny. Florence s'immobilisa.
C'était la même clarté, une formidable clarté qui renversait
sa vie, la dénouait dans la joie, la remplissait du pur
contentement d'être, sans faille, indéfectible bonheur, sans
autre objet que sa propre perfection.
Nous sommes sur les canaux du Nord, le long des grandes
plaines, sous des ciels immenses. À bord de leur péniche,
l'Alizé, Florence et Laurent forment un couple harmonieux.
C'est du moins ce que croit Florence jusqu'au jour où elle
découvre que son bonheur est menacé. Mais elle n'est pas
femme à se laisser abattre ; armée de son seul courage et
de sa foi en Dieu, elle contre-attaque. Seulement, à être
trop manipulatrice, ne risque-t-elle pas de mettre en route
une mécanique invisible qu'elle ne contrôlera plus ?
Avec une attention minutieuse au rythme des saisons
et à l'omniprésence de la nature, Jacques Gélat peint les
aspirations contradictoires d'une femme écartelée entre
l'amour de son mari, sa jalousie et sa ferveur spirituelle.