Depuis la fin des années 80, la question du droit ou du devoir d'ingérence est devenue un débat majeur dans le champ international. L'ingérence ne peut être comprise que si elle est appréhendée comme une relation - entre celui qui s'ingère et celui qui subit l'ingérence - provoquant des enchaînements de réactions. Dans l'espace international, le droit fait du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures l'un des fondements de l'ordre mondial. Toute ingérence est donc a priori illégale et même illégitime. De plus, peut-il y avoir des ingérences a-politiques ? L'action humanitaire la plus désintéressée est bien prise dans ses interactions politiques, qui l'affectent radicalement. En cette fin de XXe siècle, la démocratie (dans sa conception occidentale) tend à se diffuser sur toute la planète ; elle s'établit dans le cadre d'Etats souverains et, pourtant, elle implique bien des ingérences, ne serait-ce que comme garanties ultimes de son bon fonctionnement. Alors, quel avenir pour l'ingérence ? Des esprits spécialisés d'ingérence sont appelés à se multiplier, mais la mise en place d'un dispositif global qui, en fait, équivaudrait à la formation d'un Etat mondial, apparaît non seulement impossible mais dangereuse.