La dignité particulière que nous accordons à l'œuvre d'art, nos efforts et nos soins pour la conserver dans des musées et entretenir ses monuments, pour faire vivre chaires d'enseignement et revues, enfin le statut dont jouissent les artistes, rétribués pour des productions intellectuelles dont la valeur, qu'on ne peut mesurer, serait le fruit d'un don inné ou divin, découlent des formes particulières du rapport que les cours princières entretenaient avec l'art et les artistes. A l'opposé de ce qu'affirmait l'histoire du XIXe siècle, ce n'est pas dans les villes de la Renaissance que l'artiste moderne a conquis sa liberté. Martin Warnke, en partant d'une analyse des institutions sociales, établit, au contraire, que les artistes ont reçu au sein des cours des honneurs et des charges qui ont contribué à lés élever socialement, à les dégager des contraintes corporatives, bref, à les anoblir. La disparition des cours elle-même n'a pu remettre en cause cette autonomisation de la conscience artistique qui nous parait aujourd'hui inhérente à la condition d'artiste.