Réduire en art, du latin ad artem redigere : rassembler des savoirs épars,
fragmentaires et souvent non-écrits, les mettre en ordre méthodique à l'aide
des mathématiques, de la rhétorique, de la figuration. Contribuer ainsi au
bien public.
Si la définition est complexe, c'est que l'opération par laquelle on voulut,
à l'époque moderne, diffuser par l'écrit et par le dessin les savoirs ainsi
formalisés ne l'était pas moins. L'enjeu était à la fois simple et capital :
faciliter les choix techniques des «hommes de l'art» et rendre accessibles
au plus grand nombre des savoirs jusqu'alors partagés par les seuls «gens
du métier». La tradition en était lointaine, puisqu'elle remontait à l'époque
romaine et les modèles convoqués à partir de la Renaissance avaient pour
nom Cicéron, Vitruve, Columelle, Végèce...
C'est donc une vaste entreprise de mise en forme et de diffusion des
savoirs pratiques que ce livre dépeint. De nombreux domaines s'y trouvent
explorés : la danse, la gravure, la pédagogie du dessin, l'architecture,
la peinture, mais aussi les mathématiques, la grammaire, l'art des mines,
la juridiction de l'art de bâtir, l'escrime ou encore, la conduite de la guerre
de siège. Derrière cette diversité, une unité : dans chacun de ces domaines,
les injonctions formalisatrices de la réduction en art ont été appliquées.
Mais aussi discutées, voire dénoncées.