Le banquier privé est une figure pour ainsi dire disparue des villes
de province. Pourtant, l'émergence de la banque privée et sa structuration
sont l'un des phénomènes majeurs de l'histoire économique du XIXe
siècle, le financement de l'industrialisation et du développement ayant
reposé très largement sur le soutien du capitalisme familial. Comment
expliquer la disparition brutale de bon nombre de banques privées dès
l'entre-deux-guerres ? Quels atouts possèdent les établissements qui
ont su passer le cap des années 1930 ? Dans Les feux de la banque,
Christophe Lastécouères s'interroge sur les spécificités du capitalisme
bancaire du Sud-Ouest, qui fut longtemps accusé d'être responsable
du retard relatif de développement de la région. Il montre comment,
autour de Bayonne, se concentrent un nombre important de maisons
de banque, dont la réussite et l'ascension fulgurantes à la fin du XIXe
siècle eurent pour conséquence l'émergence d'une véritable oligarchie,
soucieuse de son rayonnement et de son prestige.
Attentif à restituer les modalités vécues par lesquelles les banquiers
tentent d'occuper et d'accroître leur territoire, l'auteur livre ici, au
carrefour de l'histoire économique et de l'histoire sociale, une étude très
détaillée, qui montre que le pouvoir financier n'est pas, loin s'en faut,
un pouvoir invisible. Dans la conception qu'ils se font de leur métier, les
banquiers privilégient bien souvent les relations de personne et l'image
de marque aux pratiques institutionnelles et rationnelles qui s'imposent
progressivement à l'univers de la finance au cours du XXe siècle.
La Seconde Guerre mondiale marque ainsi la fin d'une époque,
celle où l'histoire bancaire s'écrivait au rythme des sagas de ces familles
qui ont fait vivre l'économie régionale pendant près de cent ans, sans
comprendre les mutations d'un univers dominé, désormais, par les
grands établissements de crédit.