L'Etat d'Israël n'a cessé d'occuper une place à part dans les affaires de ce siècle. Il s'est non seulement distingué par la rapidité et l'efficacité de son établissement, mais aussi, dans le même temps, par une pratique très singulière de la démocratie parlementaire. Cette tradition politique a pour caractéristique un système électoral sans équivalent, Pays-Bas exceptés, où les représentants sont désignés par un scrutin à la proportionnelle intégrale, sur la base d'une circonscription unique.
A quels impératifs stratégiques renvoie une telle représentation politique du territoire ? Quelle a été la fonction de la circonscription unique dans la construction de l'espace israélien ? Dans quelle mesure le système électoral a-t-il favorisé la production et la reproduction des cadres de la société israélienne ? Et plus généralement, comment ce mode très particulier de représentation a-t-il contribué au succès des opérations historiques du mouvement sioniste ?
En examinant ces questions, s'esquisse une interprétation géographique de l'histoire de l'Etat d'Israël. Or, quelle approche autre que la géographie peut mieux convenir en la matière ? En effet, de leurs origines jusqu'à l'actuel processus de paix, l'Etat d'Israël et le sionisme ont constamment fait face à des problèmes de nature géographique. Ces problèmes spécifiques de territorialité - qui ont trait, autrement dit, à la manière dont une société se représente, et, ce faisant, produit son propre espace - offrent une perspective originale sur les tensions, les enjeux et les possibilités de la paix au Moyen-Orient.