Depuis l'Antiquité et jusqu'à nos jours, il existe un courant de pensée assez continu qui met en question le pouvoir politique ainsi que l'Etat et qui tend à les limiter ou même à les rejeter. Ce courant revêt des formes très variées selon les époques et les pays. Il commence à se manifester nettement au XVIe siècle, pour se diversifier aux XVIIIe et XIXe siècles, en se développant à la fois chez les penseurs libéraux, les socialistes et les anarchistes. Enfin, au XXe siècle, il se renouvelle profondément aux Etats-Unis, avec les néo-libéraux et les libertariens.
L'existence de ce courant révèle une méfiance profonde et permanente à l'égard du pouvoir et de l'Etat, tous deux considérés comme un mal. Ils sont conçus d'une manière négative et pessimiste, car ils exercent une domination sur l'homme et s'opposent à la liberté individuelle. Il faut donc non seulement dénoncer leurs abus, mais aussi limiter leur emprise et même les supprimer entièrement. La longue tradition de contestation du pouvoir et de l'Etat, qui a pris des formes multiples dans le passé, est encore vivante actuellement et se maintiendra sans doute dans l'avenir. C'est dire l'intérêt que présente son étude au double point de vue historique et politique.