Que peut signifier la notion de philosophie dans un pays qui ne possède pas de tradition philosophique, comme c'était le cas en Yougoslavie ? Et que devient la philosophie lorsqu'elle est habitée par l'aspiration à changer radicalement la société et le monde ? Quelles formes prennent ses efforts à s'insérer dans le monde et quelle attitude prend-elle envers le pouvoir politique ? Muhamedin Kullashi tente de répondre à ces questions à travers l'analyse des conceptions philosophiques de l'école de Zagreb, qui déployait au cours des années soixante et soixante-dix, avec sa revue Praxis et les rencontres à l'île de Korcula, une activité philosophique internationale particulièrement intense.
Il s'attache aussi à l'explication de certains événements qui ont abouti à l'éclatement de la Yougoslavie et à la guerre sanglante. Tout au long de cet ouvrage, il analyse le devenir socio-politique dans la Yougoslavie des années quatre-vingt par le biais de l'analyse de l'effritement du système communiste, la constitution des mouvements populistes-nationalistes et leur instauration en systèmes, sans oublier de porter un regard attentif au rôle des intellectuels dans ce processus et à la production de la haine dans les médias.