Le Grand Canal a été à peu près le point de ralliement de tous les artistes depuis le XVIè siècle. Rousseau y a bougonné, Byron y a nagé, Chateaubriand y a soupiré, Proust s'y est pâmé, Wagner y est mort, et l'on en passe. Y tremper sa plume est, plus qu'un devoir de Français : un devoir tout court, disait Morand. Mais y tremper son pinceau aussi... Et le voilà, le grand mérite de Jean-Claude Simoën dans son « Voyage à Venise » : il ne répertorie pas pour la nième fois les grands tableaux des vedutistes du Siècle des Lumières, mais nous a déniché, au milieu d'un florilège de précieuses citations, des peintres du siècle dernier au réalisme modeste, comme des chroniqueurs amoureux de Venise et injustement oubliés : Rubens Santoro, Julius Rollmann, Antoine Bouvard... A ce titre déjà, son album ne relève pas d'un prévisible enchantement mais mieux : d'une délectable découverte.