Si on le dit en crise, c'est aussi parce que l'art contemporain procède gaiement de la nostalgie amusée, du deuil médité d'une monumentalité à laquelle il ne veut plus tout à fait consentir sans pouvoir cependant y renoncer tout à fait. Tel qu'il s'est constitué au cours des siècles, le goût exige des œuvres debout à hauteur desquelles chaque individu puisse se tenir et autour desquelles la communauté soit susceptible de se rassembler, des œuvres dressées dont l'éloquente verticalité vienne garantir l'existence de chacun et celle de tous. Le chef-d'œuvre, classiquement, vaut par la gratification esthétique qu'il procure à l'individu et par la rémunération symbolique qu'il sert à la collectivité. En conséquence, situé à l'intersection de l'horizontalité sociale et de la verticalité esthétique, le chef-d'œuvre réunit : les hommes entre eux, les hommes aux dieux présents ou enfuis dont l'art chante la trace.
Philippe Forest