Tanger est une ville où les deux rives de la Méditerranée se touchent
des yeux.
Ville frontière, Tanger n'est plus seulement une ville internationale,
comme elle le fut jadis, mais une ville transnationale. "C'est-à-dire
qu'elle vit au quotidien dans un espace temps très peu national",
comme le souligne Michel Péraldi qui a dirigé ce nouveau dossier
de La pensée de midi.
Cité à nulle autre pareille, Tanger est traversée et débordée par de
nombreuses frontières. Ce sont les multiples facettes de cette ville
complexe que ce numéro se propose de dévoiler. A partir des
contes cruels et savoureux de M'Rabet, de récits singuliers, recueillis
et partagés avec la complicité de la revue Nejma, d'histoires de
vie comme celle d'Elena Prentice ou à l'heure du cocktail chez
Paul Bowles, qui témoignent d'un cosmopolitisme toujours vivace,
de la calle del Diablo et des lucioles de la nuit tangéroise décrites
par Mona Kezari et Abdelmajid Arrif, des rebelles de la mondialisation,
qui cherchent à traverser la frontière vers l'Europe comme
une bravade et un défi trop souvent mortels (Mercedes Jiménez
Alvarez), des jeux subtils à propos du respect des bonnes moeurs
ou des spéculations dans la Casbah (Carole Viché, Julien Le Tellier
et Catherine Mattei), sans oublier ce qui fait le mythe de Tanger dans
sa relation au cinéma (Simona Schneider), ou sa réalité d'une ville
entre deux mers, confrontée à l'invisible ou trop visible présence
d'un mur, dans le récit de Driss Ksikes.
Tanger, une ville aimantée par sa relation à la frontière...
Thierry Fabre