Sur un air du temps...
Le mépris apparaît comme l'agent pollueur le plus dévastateur de ces
vingt dernières années, et cela d'autant plus qu'il devient l'air que l'on
respire, il s'insinue partout jusqu'à trouver en chacun de nous un possible
relais. L'homme d'aujourd'hui n'a qu'une maxime de fonctionnement
: il n'a pas le temps.
Le mépris est le fruit d'un manque cruel d'attention, d'autant plus
effrayant qu'il ne relève pas d'une stratégie délibérée, mais d'une
indifférence abyssale doublée d'une suffisance du "système" à se prétendre
sans alternative. Personne ne peut rien faire pour personne
- telle est la sinistre moralité de l'histoire.
La société du mépris n'est pas celle où des hommes en font souffrir
d'autres volontairement, c'est celle où l'idée de fin est en voie d'oubli
total et où la stricte logique des moyens s'applique sans limitation à
tout et à tous.
Impossible de s'en satisfaire !
Le monde nous livre des encouragements. Il fait signe. Or, pour qu'il en
vienne à faire sens, il importe qu'un désir, une volonté, un idéal, une
avidité de belles images, une passion bien bâtie que l'argent n'est pas
assez riche pour acheter ni raser impose l'ordre du jour et demande
la parole. C'est cette parole à plusieurs voix dont ce numéro se fait
l'écho.
Ou comment sortir du temps du mépris...