De l'humain nature et artifices
Il est souvent bien difficile de deviner l'âge de certaines vedettes au visage remodelé au Botox. Qu'en sera-t-il demain lorsque ces transformations ne seront plus seulement esthétiques, mais s'appliqueront au corps entier, à sa sélection et à son amélioration, lorsqu'une prothèse de bras branchée sur le système nerveux sera plus agile que le membre de chair et d'os ? Faudra-t-il préférer l'artificiel au naturel ? Quel serait le devenir d'une telle entité livrée à l'industrie médicale, aux biotechnologies, aux nanotechnologies, et qui vivrait, en outre, non seulement sur le plancher des vaches, mais dans des espaces virtuels informatisés ? Un homme techniquement rectifié jusqu'à l'immortalité, tel que l'attendent les transhumanistes, qui ne sont pas de vulgaires illuminés mais de très sérieux chercheurs. Un tel homme serait-il encore humain ? Au-delà des peurs absurdes et du refus de la science, comment penser la mesure dans un monde qui semble irrésistiblement emporté par la démesure ?
Cet animal machine dénué de toute fragilité, produit sophistiqué promis par le monde scientifique, saura-t-il encore éprouver des sentiments comme l'amour, saura-t-il apprécier la convivialité, le plaisir d'être ensemble ?
Ce numéro a été coordonné par Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, directeur de l'Observatoire du religieux (CHERPA) à l'institut d'étude politiques d'Aix-en-Provence.