Si, jusque dans les années 1750, la Querelle des Anciens et des
Modernes continue de marquer les esprits et d'orienter les choix
politiques, philosophiques et esthétiques, c'est qu'elle fut, bien
davantage qu'une guerre de positions, un moment de débats
intenses. Les chercheurs qui ont participé à cet ouvrage -
spécialistes de littérature, de musicologie, de philosophie ou
d'histoire des idées - se sont attachés à mettre en lumière les
positionnements complexes des hommes engagés dans la Querelle,
la subtilité des débats, voire la marginalité significative de
certaines figures. Il en résulte une image nouvelle de ce moment
où, de la théologie à la théorie et à la pratique musicales, de la
philosophie à la place des femmes dans une société en pleine
mutation, tout est soumis à l'examen d'un esprit confiant dans sa
force. Se revendiquer Moderne, c'est avant tout épouser le
dynamisme engendré par une nouvelle manière de penser qui
favorise l'exercice de la raison critique mais invite aussi à une
liberté de créer et de développer une expérience sensible
transcendant tous les clivages. En atteste l'évolution d'un goût de
plus en plus informé et ouvert aux audaces.