Arrivé à Hoëdic au début des années soixante-dix pour bâtir la maison d’un ami, Gérard Bolitt s’installe sur cette île du Sud de la Bretagne pour construire des maisons de pêcheurs, en restaurer d’autres, tracer des réseaux de canalisation, élever des bâtiments communaux. Rassembleur d’ouvriers hoëdicais, portugais et aussi d’amis qui s’investiront dans son sillage, il s’évertue dans les années quatre-vingts à redéployer l’habitat traditionnel d’une île restée longtemps en déshérence. Cette aventure durera trente ans. D’où venait Gérard Bolitt ? L’entrepreneur d’Hoëdic avait déjà vécu plusieurs existences. Il avait beaucoup bourlingué, fondé deux familles, engendré cinq enfants et exercé des métiers fort divers : gardien de vaches, manœuvre, portier d’hôtel, professeur de danse, guide touristique, moniteur de sport, chasseur alpin, menuisier… Il venait de loin. Placé dans des fermes, il est initié très jeune aux mille tâches de la campagne. Tenu à l’écart de l’instruction classique, il est tenaillé, l’âge adulte venant, par une soif impérieuse de connaissances. Tel un buvard, cet esprit touche-à-tout veut tout absorber. Il se jette sur les langues étrangères, les sciences naturelles, les sciences exactes, la philosophie. Animé d’une curiosité inextinguible, il se lie avec des hommes de savoir qui apprécient son enthousiasme et son ouverture d’esprit. Personnage inclassable, il incarne l’archétype de l’autodidacte accompli, issu de la caste de ces campagnards dégourdis du siècle dernier. Une espèce aujourd’hui irrémédiablement disparue. À Hoedic, les mains dans le ciment, Gérard Bolitt s’offrait à tous comme une encyclopédie vivante. Il meurt en février 2007. L’île est plongée dans la tempête. Sa disparition laisse à vau-l’eau les forts courants d’affection dont il est la source.