"- Maintenant, c'est le théâtre qui sera notre famille, dit-il. Cela me fit réfléchir. Je pensai au nouveau projet, L'Opéra de quat'sous, à la troupe dont j'allais faire partie. C'était effectivement sa famille. Ses amours. Bess Hauptmann avait fait une grosse partie du travail d'écriture ; Weigel jouait le rôle de la tenancière de la maison close ; c'était Casper Neher qui ferait le décor et c'était un de ses amis d'enfance, à Augsbourg. Nous lui appartenions tous. Je réfléchis à cette appartenance. La nuit qui suivit, j'étais heureuse, tout simplement, de faire partie de sa famille. De l'avoir en train de marcher à mes côtés et de parler avec lui comme aux premiers jours de notre amour...
- Je pourrai tout contrôler, dit-il dans l'escalier qui menait à ma chambre.
- Contrôler, dis-je en ouvrant la porte. Je n'aimais pas ce mot qui brisait l'atmosphère romantique.
- C'est comme cela qu'il faut travailler, dit-il en s'énervant."
Chanteuse de cabaret montée sur scène par hasard dans le Berlin de l'entre-deux-guerres, Frieda Bloom a passé sa vie dans l'ombre de Bertolt Brecht, son seul amour mais aussi le seul homme qu'elle fut toujours obligée de partager avec cent autres. L'Histoire, aussi, s'est acharnée sur Frieda : chassée d'Allemagne par la montée du nazisme, chassée d'Union soviétique pendant les purges staliniennes, chassée d'une Amérique en proie au maccarthysme, sa vie est une fuite en "si" mineurs.