Mahwî (1836-1906) : poète, il s'est révélé relativement tardivement dans cette filiation de poètes qui adoptent un langage riche de symboles, se nourrissant surtout de son expérience personnelle. Il fait partie de ces poètes que l'on peut appeler «les gens du goût» : (ahlî zawq). Ici, le goût est à la fois lié au plaisir spirituel et, bien sûr, à l'expérience corporelle que le poète tente de pratiquer et qui relève de l'intérieur de son intimité.
Le cœur donc comme dans le soufisme en général, est l'organe par lequel est produite la vraie connaissance, l'intuition, la compréhension, la gnose (ma'rîfa) de Dieu et des mystères divins. Autrement dit, c'est l'organe de tout ce qui peut être compris dans ce que l'on peut appeler la science de l'ésotérisme (`lmî bâtin). A travers l'acte poétique, Mahwî forme une image qui est au centre de son acte créatif. Singulière, elle s'ouvre à une multiplicité, à un jeu des possibles. Ainsi, acquiert-elle la complexité de son propre mouvement. Elle est au fondement d'un archétype littéraire, qui s'élabore dans un temps donné au fur et à mesure de l'acte poétique de Mahwî.