Entre 1909 et 1914, la personnalité du jeune Jean Verhaegen va accomplir un cheminement douloureux vers l'âge adulte. L'auteur a 17 ans lorsqu'il se confie à son Journal qui lui servira de fil conducteur pour rédiger en quelques mois Ma Vie. Il a 22 ans en 1914, au déclenchement de la Première Guerre mondiale, où s'étant porté volontaire, il sera blessé à plusieurs reprises.
Ma Vie est une auto-analyse sur le mode conceptualisé plus tard par Jung et les freudiens. L'existence du jeune Belge de «bonne famille» est alors scindée en deux : d'une part, le moi introspectif, angoissé, empreint d'un scepticisme morbide ; d'autre part, le je léger des jouisseurs et séducteurs de son âge, à «la Belle Epoque». Symptôme schizophrénique, dont il parviendra à se défaire en affrontant au physique et au moral la terrible réalité des Tranchées de la Grande Guerre.
La plongée en soi recouvre en fait une quête passionnée des valeurs de la maturité : l'éthique, la spiritualité, l'altruisme, la frugalité jusqu'au dépouillement - toutes valeurs dites «chrétiennes» - et qui seront indissociables du Jean Verhaegen adulte.
Ma Vie est le premier livre d'une trilogie écrite entre 1913 et 1919, dont les deux derniers volets - Les Crapouillots belges et Vers la Victoire de 1918 - sont publiés chez le même éditeur.