...«Mais je veux dormir à tout prix, malgré les voix qui se heurtent. Je plonge la tête sous l'oreiller et j'appuie de toutes mes forces pour ne pas entendre. Impossible d'y parvenir, ces satanées oreilles continuent à me transmettre les cris. Maman et Black Eye se lancent des phrases atroces, se déchirent et, après chaque injure, il y a un silence pendant lequel chacun cherche ce qu'il va dire à l'autre pour faire mal. Et quand la voix de ma mère lance, dans le silence de la nuit et de l'immeuble : «Salaud ! tu n'es qu'un salaud ! j'ai tout vendu pour toi !», je sors du lit comme une folle et me précipite dans le salon, dans les jambes de ma mère que j'étreins en disant :
- Je t'en supplie, ma petite Mamie, arrête, arrête !»
L'héroïne des Larmes du matin, Hélène naît dans les secousses de la haine. Son père, éternel absent, ne cessera de la hanter, tandis que les maris ou les relations de sa mère se succèdent à la maison. Au milieu d'une existence factice, Hélène tentera vainement de trouver des points de repère. Elle s'attache sans se fixer et, étrangement, ce n'est qu'à l'approche de l'issue fatale qu'elle saura qu'elle n'a jamais cessé d'aimer.