Cet ensemble d'études pose la question du rôle de la littérature dans la construction des identités collectives. Comment une spécificité identitaire devient-elle, à partir d'une objectivation et d'une élaboration par l'écriture, un moyen de revendication sociale pour des groupes stigmatisés ou confrontés à des changements sociaux qui remettent en cause leur pouvoir ? Dans quelles conditions la subversion symbolique exprimée par l'invention d'une littérature peut-elle contribuer à redéfinir les frontières du monde social ? La diversité des cas étudiés - la négritude, les écrivains prolétariens, l'écriture-femme, le lien entre judéité et écriture, le mouvement de «renaissance littéraire catholique» et l'autofiction chez Pierre Drieu La Rochelle - entend montrer, tant du point de vue historique que sociologique, les invariants à l'œuvre dans ce type de luttes pour l'affirmation sociale. Il s'agit aussi, contre les analyses individualisantes de l'élaboration identitaire, contre la vision réifiante de l'auteur, d'analyser ce que ce type de revendication doit aux transformations sociales et politiques, sans omettre de considérer les logiques propres du champ littéraire. Pour garder un sens à l'utilisation de cette notion multiforme qu'est l'identité, on considère simultanément les mutations structurelles, économiques, politiques et culturelles, les trajectoires biographiques des écrivains, enfin, leurs œuvres et la réception qu'elles suscitèrent.
La littérature, comme forme sublimée de la langue et socialement investie d'un pouvoir prophétique, possède bien la capacité de faire et défaire les groupes.